Riviera ionienne albanaise : col de Llogara, plages de Dhërmi, Gjipe, Himarë, Porto Palermo, Borsh, Ksamil. Lecture historique d'une côte préservée.
La Riviera albanaise est ce ruban ionien de cent kilomètres entre le col de Llogara (1 027 m) et le village de Ksamil, là où les monts Cérauniens plongent verticalement dans une mer qui passe en cinquante mètres de l'émeraude à l'indigo. Dernier secret touristique d'Albanie à être révélé après 2010, la Riviera s'organise aujourd'hui autour de villages — Dhërmi, Vuno, Himarë, Qeparo, Borsh, Saranda, Ksamil — et de plages moins développées comme Gjipe ; elle est devenue la première destination estivale du pays. De Tirana à Himarë, comptez 210 km et 3 h 30-4 h. Pour le voyageur français, la Riviera offre un mélange unique : une côte ionienne presque intacte au sens où la côte d'Azur ne l'est plus depuis 1960, mais ponctuée d'une histoire ancienne (César, Ali Pacha, UNESCO) qui en fait bien davantage qu'une simple alternative balnéaire.
L'histoire de la Riviera est plus ancienne que les vacances à la plage. En 48 av. J.-C., Jules César débarqua ses légions à Palasë, juste sous le col de Llogara, pour traverser les montagnes à la poursuite de Pompée — la route par-dessus le col est encore informellement appelée « passage de César ». La fortification la plus saisissante du littoral est le château de Porto Palermo, bâti ou substantiellement reconstruit par Ali Pacha de Tepelena en 1819-1820 sur une langue de terre coincée entre deux ports naturels. Le village de Piqeras, à l'intérieur des terres, est la patrie de Vasil Laçi, jeune Albanais qui tenta d'assassiner le roi italien Victor-Emmanuel III en 1941. À l'extrémité sud, Butrint est plus ancien encore : origines grecques vers 800 av. J.-C., colonie romaine, UNESCO depuis 1992. La combinaison — la plage de César, le château d'Ali Pacha, une ville antique UNESCO sur une seule côte continue — fait de la Riviera albanaise un littoral comparable à aucun autre en Méditerranée.
Du nord au sud, les arrêts incontournables :
Palasë / Dhërmi — premières plages au sud du col de Llogara ; galets et sable, eau bleu profond, vie nocturne en croissance. Drymades, juste au nord de Dhërmi, est le bout de plage le plus paisible.
Plage de Gjipe — accessible uniquement après 30 minutes de marche ou en bateau depuis Dhërmi ; l'embouchure d'un canyon de 100 mètres ouvre sur une eau turquoise sauvage. C'est probablement la plus belle plage de toute la côte.
Himarë — le plus gros village de la côte, avec plusieurs plages urbaines (Spile, Livadhi, Filikuri) et des dizaines de poissonneries-restaurants. Excursions en bateau vers Jale, Livadhi et les grottes de Filikuri.
Château de Porto Palermo — la bastide d'Ali Pacha, entrée 300 ALL (3 €), ouvert tous les jours.
Borsh — la plus longue plage continue d'Albanie, 7 km de sable et galets.
Ksamil — trois îlots à 200 mètres en kayak depuis le sable blanc continental ; la plage la plus photographiée du pays. Location de kayak 10 €/h, sortie bateau journée 30-80 €.
Butrint — cité antique UNESCO à l'extrême sud, 8-10 € d'entrée, 2 h 30-3 h sur place.
Le col de Llogara à 1 027 m marque le début de la Riviera quand on descend de Vlora ; arrêtez-vous au belvédère au-dessus de Palasë pour la photographie panoramique sur laquelle est construite l'image entière de la côte.
Les cuisines de la Riviera bâtissent leurs cartes sur ce qui est sorti du bateau le matin. Commandez le bar grillé et le poulpe (peshk në zgarë, oktapod), les moules de Butrint, les byrek de légumes et le fërgesë intérieur au fromage de brebis. Les deux vins autochtones à demander sont le Pulës i Bardhë, blanc fruité du cépage de Berat, et le Vlosh rouge des hauteurs de Vlora. La rakia de la côte est moins réputée que celle des montagnes ; préférez celles importées de Përmet ou de Skrapar.
Pour le voyageur français formé à la lecture des paysages, la Riviera albanaise se lit comme une partition à plusieurs voix. Les bunkers de béton qui constellent les plages — héritage des 173 000 bunkers construits sous Hoxha entre 1972 et 1984 — rappellent une histoire récente où cette côte était zone militaire fermée. Les villages de pierre étagés sur les pentes (Vuno, Qeparo Vjeter, Himarë haute) sont les noyaux d'une civilisation orthodoxe à demi-grecque qui survécut à toutes les vagues d'islamisation. La transhumance saisonnière des troupeaux entre la côte et les Cérauniens reste pratiquée. Lire la Riviera albanaise, c'est lire une côte beaucoup moins mono-culturelle qu'elle n'apparaît.
Plusieurs villages de la Riviera (Himarë, Dhërmi, Vuno, Qeparo) abritent une minorité hellénophone d'origine ancienne — héritage d'un peuplement byzantin orthodoxe que ni les Ottomans ni la communisation ne sont parvenus à fondre dans le moule albanais. Les noms de famille, les fêtes religieuses, certains parlers domestiques témoignent encore de cette dualité linguistique. Pour le voyageur français qui aurait fréquenté la Magna Grecia ou la Calabre arberèche, le parallèle s'impose : la Méditerranée balkanique conserve, comme l'Italie du Sud, des îlots linguistiques antérieurs à la formation des États-nations.
Pour le voyageur français sensible à l'urbanisme, la Riviera albanaise donne aujourd'hui à voir une transformation que la Côte d'Azur a connue dans les années 1960-1970, mais comprimée en quinze ans. Entre 2010 et 2024, les permis de construire à Dhërmi et Himarë ont été multipliés par sept ; certains projets bétonnent encore la première ligne, d'autres respectent une charte architecturale imposée en 2018. Les villages de pierre traditionnels (Qeparo Vjetër, Vuno) restent protégés mais leurs hauteurs subissent une pression touristique inattendue. La saison opére aussi : juillet-août 2024 a vu les prix hôteliers à Ksamil approcher ceux de la Côte d'Azur. Pour qui veut comprendre l'avenir incertain de cette côte, l'observation du chantier législatif albanais de protection littorale est aussi instructive que les plages elles-mêmes.
La haute saison court de la mi-juillet à la mi-août : eau à vingt-six degrés, plages bondées de familles albanaises et kosovares, prix doublés, restaurants en surchauffe. Le voyageur français averti privilégiera juin et septembre — mer encore à vingt-trois degrés en septembre, lumière plus douce, terrasses paisibles, prix divisés par deux. Octobre offre encore de belles journées de baignade jusqu'à la mi-mois mais avec un risque accru d'orages bref qui rafraîchissent l'air sans gâcher la côte. Mai est splendide pour la randonnée dans l'arrière-pays — maquis en fleurs, températures de 22-25 degrés, mer encore fraîche à dix-huit degrés. La lumière ionienne, célébrée par les peintres vénitiens du XVIIIe siècle qui longeaient ces côtes, atteint sa qualité picturale maximale en septembre, lorsque le soleil bas accentue les calcaires et les pins parasols. Pour qui cherche à photographier ou peindre, c'est le mois idéal.
Le Riviera, Butrint et Gjirokastër — 3 jours relie en trois jours Tirana, la Riviera, Butrint et Gjirokastër. Pour un parcours plus complet, le Circuit Albanie 6 jours — sites UNESCO inclut la Riviera dans son circuit UNESCO de six jours.
Quatre à six jours pour profiter sans courir. Une journée Llogara-Dhërmi, une journée Himarë-Porto Palermo, deux jours Saranda-Ksamil-Butrint, et une journée Gjipe ou Borsh selon préférence.
Borsh pour la longueur de sable, Ksamil pour la transparence et la sécurité (eau peu profonde, îlots proches). Drymades pour le calme.
Mai-juin et septembre — mer chaude, plages aérées, prix raisonnables. Juillet-août surchargés et chers ; octobre encore baignable.
Himarë pour la position centrale ; Saranda pour les services ; Ksamil pour la plage. Beaucoup de voyageurs alternent deux nuits dans deux bases différentes.
Distance Tirana–Himarë : 210 km, 3 h 30-4 h. Bus : départs réguliers en été. Voiture : recommandée. Saison : mai-octobre. Plages : majoritairement gratuites, transats 5-15 €.
How it works
Écoutez la visite audio gratuite — ou réservez une expérience guidée privée.
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