Apollonie : cité grecque fondée en 600 av. J.-C., où Octave (Auguste) étudiait en 44 av. J.-C. Théâtre 7 000 places, archéologie française depuis 1924.
Apollonie est la cité antique grecque, fondée vers 600 av. J.-C. par des colons venus de Corinthe et Corfou sous la conduite de Gylax, qui devint l'un des comptoirs commerciaux les plus importants de l'Adriatique orientale. Et c'est ici, en 44 av. J.-C., que le jeune Octave (le futur empereur Auguste), alors âgé de dix-huit ans, étudiait la philosophie et la rhétorique quand lui parvint la nouvelle de l'assassinat de Jules César. Le site, abandonné au IVe siècle après qu'un séisme du IIIe siècle a dévié le cours de la Vjosa et ensablé son port, occupe un plateau vallonné à 250 mètres au-dessus de la moderne plaine de la Vjosa, à 130 km et 2 à 2 h 30 au sud-ouest de Tirana. Pour le voyageur français lettré, Apollonie est le site antique le plus chargé d'histoire intellectuelle d'Albanie.
La colonie s'appelait à l'origine Gylakeia, du nom de son fondateur ; elle fut renommée Apollonia en 588 av. J.-C. en l'honneur du dieu Apollon. À l'apogée hellénistique, la population pouvait atteindre 60 000 habitants — l'une des plus grandes cités grecques de l'Adriatique. La célèbre référence d'Aristote dans la Politique décrit la gouvernance mixte gréco-illyrienne d'Apollonie comme un modèle d'oligarchie modérée, attirant l'attention des philosophes politiques européens depuis la Renaissance.
L'épisode le plus raconté reste le rôle d'Apollonie dans l'ascension du premier empereur romain. En 44 av. J.-C., le jeune Octave — fils adoptif et petit-neveu de César — achevait son éducation à Apollonie sous le philosophe stoïcien Athénodore de Tarse. La nouvelle de l'assassinat de César aux Ides de mars lui parvint, et en quelques semaines il traversa l'Adriatique, revendiqua le nom de César, et entama la trajectoire politique qui ferait de lui Auguste dix-sept ans plus tard. Pour le voyageur français qui a lu Suétone ou Tacite, marcher dans l'agora d'Apollonie en imaginant l'adolescent Octave méditer sur sa réponse à l'événement parisien d'un autre type de politique — César assassiné — est une expérience historique presque vertigineuse.
L'histoire militaire plus ancienne d'Apollonie inclut la défaite, vers 450 av. J.-C., des Amantes à Thronion, victoire qu'Apollonie commémora par un monument votif érigé à Olympie. Le contrôle romain date de 229 av. J.-C. La fin fut géologique : le séisme du IIIe siècle apr. J.-C. dévia la Vjosa et ensabla le port, condamnant la cité à un déclin progressif jusqu'à son abandon au IVe siècle.
Le site couvre environ 137 hectares. Les monuments visibles incluent : le Bouleutérion (salle du conseil, magnifique façade à six colonnes corinthiennes restaurée), l'Odéon de petites dimensions, le grand théâtre de 7 000 places (en partie ensablé, dégagement en cours), la bibliothèque hellénistique en façade, le Stoa d'agora, le Nymphée, plusieurs maisons d'habitation avec mosaïques, et l'admirable monastère orthodoxe Sainte-Marie du XIIIe siècle, bâti sur les ruines du forum antique et conservant fresques byzantines et collection lapidaire.
Le musée archéologique, dans les bâtiments monastiques, présente sculptures hellénistiques, céramiques, monnaies et l'importante collection de stèles funéraires. Entrée du parc : 600 lekë. Ouverture : 8 h-19 h en été, 9 h-16 h en hiver. Comptez 2 h 30 à 3 h 30 pour la visite complète. Apportez chapeau, eau, chaussures fermées : le site est exposé au soleil. Un café-restaurant simple à l'entrée propose boissons et collations.
Pas de restaurant gastronomique sur le site. Près de l'entrée, Restaurant Aulona sert poisson grillé, viande et légumes du Myzeqe sous une treille (10-15 €/personne). À Fier, à 15 km, l'offre est plus large. Le vin local Vlosh, rouge fruité des collines de Vlora, accompagne bien les grillades.
Pour le voyageur français cultivé, Apollonie est un terrain d'archéologie française par excellence. Les premières missions remontent à Léon Rey (1924-1939), archéologue strasbourgeois qui dégagea l'odéon, le portique d'agora et plusieurs habitations sous le mandat français de la Société des Nations en Albanie. Ses publications dans les Albania et BCH restent des références. Après une interruption pendant la période communiste, la Mission archéologique française en Albanie reprit les fouilles en 1992 sous la direction de Jean-Luc Lamboley (université Lumière Lyon-2), en partenariat avec l'Institut d'archéologie de Tirana. Les résultats publiés aux Mélanges de l'École française de Rome, dans la collection Ausonius (Bordeaux) et chez De Boccard ont profondément renouvelé la connaissance d'Apollonie. Marcher sur ce site, c'est marcher sur cent ans d'archéologie française continue — chose rare hors d'Italie ou d'Égypte.
Le rôle d'Apollonie dans le destin d'Octave-Auguste mérite une lecture politique. Le jeune homme y fut envoyé par César précisément parce qu'Apollonie offrait une formation rhétorique de haut niveau hors des intrigues romaines — l'équivalent antique d'une Sciences Po provinciale. Quand il y reçut la nouvelle de l'assassinat, il avait à ses côtés Marcus Vipsanius Agrippa, son futur stratège militaire, et Maecenas, futur conseiller. Le trio Octave-Agrippa-Maecenas, qui transformera Rome de République en Principat, naquit ainsi à Apollonie. Pour le voyageur français qui a lu les Vies parallèles de Plutarque ou les Mémoires d'Hadrien de Marguerite Yourcenar, Apollonie offre la possibilité de toucher du doigt la matrice littéraire de l'empire romain.
Le monastère Sainte-Marie du XIIIe siècle, bâti sur les ruines du forum, témoigne de la deuxième vie chrétienne du site. Les fresques byzantines de l'église conservent leurs couleurs vives ; le réfectoire et les cellules ont été restaurés dans les années 1990 avec un soutien technique italien. Le monastère ferma sous Hoxha en 1967 (décret abolissant les religions) et fut converti en réserve archéologique. Il rouvre partiellement aux fidèles depuis les années 1990, dans un statut hybride site archéologique-lieu de culte intéressant. Le voyageur français y retrouvera des analogies avec le couvent de Daphni en Grèce ou avec certaines églises rupestres de Cappadoce.
Apollonie est l'objectif principal d'une excursion d'une journée depuis Tirana ou Berat. L'Apollonie et lagune de Karavaste combine en une journée la cité antique et la lagune de Karavasta. Le Circuit Albanie 6 jours — sites UNESCO inclut Apollonie sur son axe Berat-Vlora-Riviera.
Avril-juin et septembre-octobre. Évitez juillet-août : la plaine du Myzeqe peut dépasser 40 °C et le site, sans ombre, devient éprouvant.
Demi-journée minimum : 2 h 30 pour le site, 30 minutes pour le musée et le monastère. Une journée pleine permet d'ajouter Karavasta ou Ardenica.
Partiellement. Les chemins du parc sont en terre, certains avec pentes douces. Le théâtre et les habitations à mosaïques restent difficiles d'accès.
Sur réservation auprès des opérateurs de Tirana ou Vlora. Les guides francophones sont rares mais disponibles ; comptez 60-100 €/journée pour un guide privé.
Distance Tirana–Apollonie : 130 km, 2-2 h 30. Fier–Apollonie : 15 km, 25 minutes. Fondation : ~600 av. J.-C. par Gylax. Octave-Auguste : étudie ici en 44 av. J.-C. Théâtre : 7 000 places. UNESCO : liste indicative depuis 2014. Entrée : 600 lekë. Archéologie française : Léon Rey 1924-1939, Mission Lyon-2 depuis 1992.
How it works
Écoutez la visite audio gratuite — ou réservez une expérience guidée privée.
Ouvrir l'Audio Tour Réserver un Tour